Enjeux - Les attaques contre la viande sont-elles justifiées ? Enjeux - Les attaques contre la viande sont-elles justifiées ?

LES QUESTIONS SOULEVEES

La consommation de viande et la faim dans le monde

La production mondiale de viande est estimée en 2010, selon la FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation, à 286 millions de tonnes, réparties de la façon suivante : 37 % de viande porcine, 28,5 % de viande de volailles et 22 % de viande bovine.
Les principaux pays producteurs sont la Chine (27 %), les États-Unis (15%), le Brésil (8 %), et l'Allemagne (3 %). 
La production mondiale de viande ne cesse donc d’augmenter. Depuis 1961, date du démarrage des statistiques de la FAO, elle s’est accrue de 1 à 6 % par an, avec un taux de croissance annuel moyen d’environ 3 %.  Les Chinois consomment actuellement 59,5 kg/hab./an (2010) de viande, contre 15,4 kg en 1981, soit quatre fois plus qu'il y a trente ans. A l’échelle de la planète, la consommation de viande est passée de 27 kg/hab./an en moyenne en 1970, à 33,5 kg/hab./an en 1990 et à 41,8 kg/hab./an aujourd’hui.  

A partir de ces données, les associations et lobbies anti-viande reprochent surtout à la production de viande de venir en concurrence avec celle de céréales et de risquer ainsi, à terme, « d’affamer » la planète.
La FAO estime ainsi que pour satisfaire les besoins croissants de la population sur la planète, la production mondiale de viande devrait pratiquement doubler d'ici à 2050, et atteindre 470 millions de tonnes. Ces besoins correspondent à la fois à l’augmentation du nombre d’individus sur la terre qui va atteindre 9 milliards en 2050 et au fait que la population va en moyenne consommer plus de viande, du fait de l’élévation de son pouvoir d’achat.
Ces « anti-viandes » craignent que l’accroissement de la production se fasse au prix de  déforestations.   Ils soulignent le fait que « produire une calorie de viande mobilise 5 à 10 calories  végétales que les animaux consomment directement dans les prairies, ou sous forme d’aliments (céréales, soja …) ». Mais les parcelles consacrées aujourd’hui aux prairies à l’échelle de la planète ne sont pas forcément adaptées à la production de céréales. Les aliments destinés aux animaux peuvent aussi être les sous-produits de l’alimentation humaine, après extraction de l’huile pour le soja, le colza ou le tournesol, par exemple, ou avec les pulpes après extraction du sucre pour les betteraves sucrières. 

Gaz à effet de serre et productions animales 

Depuis la prise de conscience à l’échelle de la planète, du réchauffement climatique, on comptabilise pour chacune de nos activités, les émissions de gaz qui peuvent accroître l’effet de serre autour de la Terre et contribuer ainsi au réchauffement climatique. En ce qui concerne l’élevage, plusieurs gaz sont pris en compte :

        -le gaz carbonique (CO2) émis par l'utilisation d'énergie par l'éleveur sur son exploitation (fioul et électricité), lors de la fabrication des intrants qu’il va utiliser pour faire pousser les plantes destinées à la nourriture des animaux (engrais en particulier) et lors du transport et de la fabrication des aliments achetés à l’extérieur.
        - le méthane (CH4) émis par les ruminants (bovins, ovins, caprins) lors de la digestion et dans leurs déjections. Les ruminants ont la spécificité de pouvoir digérer l'herbe. Ils possèdent dans leur rumen, un de leurs quatre estomacs, des bactéries qui dégradent la cellulose. Cette fermentation naturelle produit du méthane qui est émis par « éructation ». C’est le fameux « rot » des vaches.
        - le protoxyde d'azote N2O qui s’échappe lors de l'épandage du fumier ou des engrais minéraux.

D’après les estimations, en France, l'élevage d’herbivores (bovins et ovins essentiellement) contribue à hauteur de 11 % aux émissions de gaz à effet de serre, derrière les transports (27%), l’industrie (20%), le bâtiment (18 %) et l’énergie (13 %).

On reproche ainsi à l’élevage, et notamment à l’élevage bovin, d’être responsable de quantités importantes d’émissions de gaz à effet de serre. Le méthane émis par les ruminants au cours de leur digestion et dans leur déjection, a le défaut d’avoir un pouvoir réchauffant supérieur à celui du gaz carbonique.. Certains comparent même la consommation de viande à celle des carburants : « une entrecôte de 150 grammes, correspond à autant de gaz carbonique rejeté dans l’atmosphère que 20 km effectués avec une voiture ». En 2009, Paul McCartney a lancé l’idée d’une journée par semaine sans viande en Europe pour réduire les gaz à effet de serre. Le président du Giec, Groupe d’Expert Intergouvernemental sur le changement Climatique, a fait de même au moment du Sommet de Copenhague sur le climat.

La Nouvelle-Zélande qui regorge de prairies et de forêts et qui compte parmi les pays les moins pollués au monde, se retrouve classée parmi les états les moins bien notés de la planète pour leur contribution à la lutte contre les effets de serre, à cause de ses belles prairies et du nombre important de vaches qui les pâturent. A noter qu’actuellement sur la planète, la plus forte concentration en têtes de bovins se trouve en Inde, un pays qui ne consomme pas de viande bovine ! Faut-il pour autant montrer du doigt les rejets de ces animaux et rendre les coutumes religieuses, responsables d’une partie du réchauffement climatique de la planète ?

De plus, il faut noter que la part de l’élevage diminue depuis une dizaine d'années du fait du recul du nombre d'animaux (le cheptel bovin a diminué de 12% depuis 1990). Il en est de même des quantités d'engrais minéraux utilisées.

La consommation de viande et ses effets sur la santé 

On attribue souvent à la viande des effets défavorables sur la santé. La viande est considérée pour les uns comme trop riche en graisse, pour d’autres, elle favoriserait certains cancers, les maladies cardio-vasculaires, l’hypertension, les attaques cérébrales … Le recours aux antibiotiques ou aux hormones pour soigner les animaux font aussi partie des arguments que mettent en avant les opposants à la consommation de viande. En fait la viande est avant tout un aliment très riche en protéines, elle apporte l’ensemble des acides aminés indispensables à l’organisme que le corps humain ne peut lui-même synthétiser.

Il est vrai que les végétariens réussissent à retrouver ces acides aminés en croisant dans leur alimentation, des œufs, des produits laitiers et plusieurs types de végétaux riches en protéines. L’exercice est beaucoup plus difficile pour les végétaliens qui  ne consomment pas de viande, ni de produits issus des animaux, comme les œufs, le lait ou les produits laitiers. S’il existe très peu de données statistiques sur le nombre de végétariens, différentes sources estiment qu’en France, entre 1 et 2 % de la population serait concernée. Le nombre de végétaliens serait très marginal. En Europe, c’est en Grande-Bretagne que l’on trouverait le plus de végétariens (environ 6% de la population), la proportion en Allemagne et en Italie serait aussi supérieure à celle de la France.  Aux Etats-Unis, le pourcentage serait voisin de celui de la Grande-Bretagne et vraisemblablement en augmentation. L'Inde est le pays au monde qui compte le plus de végétariens, avec environ 40 % de sa population, soit 450 millions de personnes.
 
Il ne faut également pas oublier que la viande rouge est riche en fer, or en France, l’anémie, c’est-à-dire la carence en fer, est assez fréquente en particulier chez les femmes et les personnes âgées. Le fer contenu dans la viande est quatre à cinq fois mieux assimilé par l’organisme que celui des végétaux, des œufs ou des produits laitiers. 


Pas de produits laitiers sans filière viande

Productions de viande et de lait sont intimement liées, puisque ce sont les vaches qui produisent le lait, qu’elles doivent donner naissance une fois par an à un veau pour continuer à produire du lait. La production française de viande est issue pour moitié de bovins de races à viande et pour moitié, du troupeau de vaches laitières. Si nous ne consommions plus de viande, que ferions-nous des animaux issus des élevages laitiers ? En France, des régions entières sont consacrées au pâturage, 15 millions d’hectares au total. Leurs sols ne sont pas adaptés à la production de céréales. Que deviendraient les prairies du Massif Central si on ne consommait plus de viande ?
Et les pâturages, les estives, les bocages … façonnés par les éleveurs, ne comptent-ils pas parmi les plus beaux paysages de notre territoire et qui font la beauté de la France ?

 La question du bien-être animal

Les élevages en batterie pour les poules, les poulets ou les porcs sont aussi souvent montrés du doigt dans les médias. Certaines campagnes de communication dénoncent le système d’élevage en « Feedlots » américain, c’est-à-dire dans des parcs d’engraissement qui peuvent accueillir plusieurs milliers de bovins, aux Etats-Unis ou en Amérique du Sud. La concentration des élevages serait-elle à l’origine des épizooties (grippe aviaire, grippe porcine, fièvre aphteuse …) qui se sont succédées ces dernières années, ou de risques de pollutions accrus (voir dossier Enjeux et gestion de l’eau) ?  Une chose est sûre, le système des « Feedlots » américains est souvent dénoncé par les médias car c’est un mode de production « hors sol » qui soulève de nombreuses questions. Il cumule à lui seul, les problèmes environnementaux, de bien-être animal... En France, notre système de production est traditionnel et familial, avec une moyenne de 40 vaches par éleveur. Il est donc loin d’être industriel et n’a rien à voir avec les modèles américains. L’alimentation des bovins français est produite pour une très large part sur l’exploitation, et toutes productions de bovins confondues, les importations de soja ne représentent que 5 à 6 % de leur ration alimentaire.

 

1 2 3 / Tout afficher

Imprimer

Les autres dossiers :

Chiffres-clés Chiffres-clés
521_info

La production française de viande qui s’est élevée à 4,989 millions de tonnes équivalent carcasses en 2010, a augmenté de 1,7 % par an jusqu'en 1999 mais connaît depuis, une baisse en moyenne de - 2 % par an. A l’échelle de l'Union Européenne, la production a progressé régulièrement d'environ 2 % par an jusqu'en 1999, et s’est stabilisée depuis.
La France possède le cheptel bovin le plus important d'Europe, 19,6 millions de têtes en 2010, et elle est le premier pays producteur européen de volailles, 1,7 millions de tonnes équivalent carcasses en 2009. Si elle est autosuffisante en viande de porc, son point faible est la production ovine, elle ne produit que la moitié de ses besoins en viande de mouton et d’agneau.

Source – Agreste